Apprendre la calligraphie anglaise : le choix des outils

Choisir les bons outils de calligraphie

S’initier à la calligraphie anglaise, par où commencer ?

La calligraphie anglaise a la réputation d’être ardue. Souvent déconseillée aux débutant.e.s, et pourtant souvent désirée par ces dernier.e.s… Alors que faire ?! La calligraphie anglaise, contrairement aux autres écritures latines, utilise une plume pointue. Ainsi, c’est moins l’angle de tenue de la plume que la pression de l’outil sur le support et les gestes ascendants & descendants qui vont créer les pleins, les déliés et les liaisons.

Pour apprendre la calligraphie anglaise, il nous faut avant tout sélectionner les outils avec lesquels travailler. Petit tour d’horizon du matériel nécessaire !

Une plume pointue

Commençons par les outils ! Pour calligraphier en anglaise, il existe différentes plumes pointues, de différentes marques. Mais quelles en sont les différences concrètes me direz-vous ? Chacune de ces plumes a sa propre souplesse, c’est-à-dire qu’elles ne vont pas s’ouvrir selon la même pression du geste lors des mouvements descendants. On conseille souvent la plume japonaise Nikko G pour débuter. Personnellement, je la trouve plutôt souple et effectivement assez adaptée aux débutants. On sent rapidement comment se forment les pleins, elle glisse aisément dans les gestes remontants, et ce sur la plupart des papiers, bref, elle me paraît être un bon choix pour s’initier.

Apprendre la calligraphie anglaise, choisir sa plume (Plume Nikko G)
Plume Nikko G

Avec un peu d’entraînement, il peut être intéresser de se tourner vers d’autres plumes, histoire de sentir de nouvelles nuances de souplesses. Parmi les plumes que l’on trouve de nos jours, la « Hunt Imperial 101 » est une plume extrêmement souple, d’une finesse hors paire. Je la trouve vraiment très agréable, notamment pour le travail sur les majuscules. Elle permet en effet un grand nombre de variations dans les pleins, ce qui nous offre la possibilité de créer une belle hiérarchie dans l’emphase que l’on donne aux différentes formes. La pression à exercer est toute en subtilité… Une vraie leçon gestuelle !

Il existe aussi des plumes que l’on nomme « vintage ». Ces trésors se trouvent dans les greniers du voisinage, dans les brocantes ou encore sur le site www.lecalligraphe.com par exemple. Mes voisins sonnent souvent pour me livrer ces bijoux du passé, ce qui m’a permis de prendre soin de leur héritage & de m’émerveiller de la quantité de formes que nos ancêtres ont pu manipuler !

Parmi mes petites merveilles, plusieurs plumes de Blanzy Pour & Cie : la Zephyr n° 1235 EF, ou encore la plume régulateur n°161 pour laquelle j’ai un faible particulier ! Certaines sont ornées d’un motif en gravure (une montgolfière, une rose, etc.), d’autres prennent carrément des formes d’oiseaux, de tour Eiffel ou de main (la bien connue plume « index » par exemple). D’autres encore sont d’une longueur impressionnante comme la Massag 224 EF ! J’ai vraiment l’impression de manipuler une baguette magique lorsque je calligraphie avec !

Il existe une grande quantité de plumes différentes, n’hésitez pas à en essayer au fur & à mesure de la pratique afin de saisir leurs subtilités & de trouver vos favorites selon les travaux que vous effectuez.

Prendre soin de sa plume

Lorsque la plume sort de l’usine, elle est enduite d’une fine pellicule protectrice, empêchant son oxydation. Vous lirez qu’il faut la passer sous une flamme… Que de violence pour un objet si délicat ! Pour préparer sa plume, il suffit de la nettoyer avec UN PEU de savon et d’eau déposés sur un chiffon (qui de toute façon est un outil essentiel dans la pratique calligraphique !). Si cette opération n’est pas réalisée, l’encre n’adhère pas à la plume, il est impossible de calligraphier convenablement.

En ce qui concerne l’entretien de ses plumes, il faut bien entendu veiller à ne pas les laisser traîner dans l’eau ! Une plume rouille très rapidement. Ainsi, après chaque session de calligraphie, il faut démonter la plume du porte-plume et la nettoyer avec un peu d’eau (et un peu de savon si nécessaire), puis veiller à BIEN L’ ESSUYER ! Le chiffon est là-encore notre ami.

Durant la pratique, l’encre sèche rapidement sur la plume. Il est utile de passer un coup de chiffon régulièrement durant la session de calligraphie. Parfois, un poil, un morceau de fibre de papier ou bien un peu d’encre sèche viennent obstruer la pointe de la plume. Un petit nettoyage et ça repart !

Conservation des plumes

On trouve de petites boîtes pour ranger les plumes. Quel que soit le container dans lequel vous stockez vos plumes, l’essentiel est de bien les éloigner de toute source d’humidité.

Le porte-plume

En calligraphie à plume pointue, deux types de porte-plume peuvent être utilisés : le droit & le coudé (ou oblique). L’écriture anglaise ayant un angle de 54° (52° pour la Spencerian), l’usage d’un porte-plume coudé ou d’une plume coudée a la réputation de faciliter la visibilité sur la ligne d’écriture durant la pratique et ainsi de rendre plus intuitif l’angle de 54°. Ceci dit, l’histoire de l’écriture anglaise (ou souvent nommée Copperplate) nous enseigne que le porte-plume coudé n’était pas en usage au XVIIIème siècle. Les débuts de l’anglaise étaient en réalité réalisés à la véritable plume d’oiseau. C’est l’avènement de la Spencerian qui amène le porte-plume coudé. Ainsi, il semble tout à fait opportun de choisir un porte-plume droit & une plume droite pour calligraphier l’anglaise. Si vous souhaitez utiliser un porte-plume coudé, libre à vous bien entendu ! En revanche, monter une plume coudée sur un porte-plume coudé est une ineptie. En effet, ces deux éléments sont parfaitement incompatibles. Seul le porte-plume droit permet de monter une plume coudée (deux références de plumes coudées : la Copperplate de Mitchell & la plume Baïonnette).

Apprendre la calligraphie anglaise : choisir le bon porte-plume (droit ou oblique ?)
Exemple de porte-plume coudés (ou obliques) avec plumes Nikko G.

Lorsque l’on débute, il n’est pas nécessaire de dépenser une fortune dans un porte-plume. Pour moins de 10 €, vous pouvez acquérir une plume et un porte-plume qui vous permettront de travailler des kilomètres de lignes si vous en prenez soin. Les débutants ont souvent tendance à vouloir collectionner une grande quantité de matériel & à dépenser pas mal d’argent. C’est bien dommage car la calligraphie a cette de vertu de nous remettre en contact avec nous-même, dans la plus grande simplicité. L’absence d’un porte-plume & d’une plume n’empêche en rien le travail sur l’écriture. Un simple crayon à papier offre une grande variété de tracés & permet de former son geste, car c’est en cela que réside l’art de cette pratique. Less is more dit-on souvent ! J’aime à penser que la magie de cette pratique réside dans cette simplicité matérielle : notre corps, un simple outil & un support !

Monter la plume dans le porte-plume

Selon le choix du porte-plume, le montage de la plume dans ce-dernier ne se fait pas de la même manière. Dans le cas du porte-plume droit, on positionne la plume entre les picots & le tube lui-même ; non pas pile poil au centre, sinon la plume aura tendance à bouger durant l’écriture. La plume doit être bien calée dans le porte-plume. Il existe des porte-plume à levier : un petit levier se trouvant le long du porte-plume doit être tiré pour pouvoir glisser la plume à l’intérieur des picots, puis il suffit de replacer le levier le long du manche pour figer la plume.

Dans le cas d’un porte-plume coudé, le système de montage est relativement intuitif, on glisse le talon de la plume dans l’élément métallique, rien de bien sorcier !

De l’encre !

Nous avons besoin de peu de matériel, qui par ailleurs ne demandent pas des fortunes de dépense. Cependant, des outils & des matériaux bien choisis font gagner du temps dans l’apprentissage. Je me souviens de nombreuses déceptions au début de mes lignes calligraphiques : l’encre bavait, bavait, bavait sur le papier… Un véritable enfer car je ne pouvais pas me concentrer sur les proportions de mes lettres ni sur le geste lui-même. Cette vision de l’encre se diffusant dans les fibres du papier me donnait la nausée et n’était vraiment pas encourageante !

Petit point important : souvent, on associe calligraphie à encre de Chine. Effectivement, lorsque l’on utilise le pinceau pour calligraphier, cette encre est toute adaptée. En revanche, l’usage de l’encre de Chine au quotidien risque d’endommager les plumes métalliques. Celle-ci est à conserver pour la réalisation d’oeuvres finales uniquement afin de protéger vos plumes d’une oxydation précoce.

Pour débuter en calligraphie

Alors j’ai mené mon enquête ! On me préconisait de rajouter de la gomme arabique dans l’encre afin de la rendre moins fluide. Ceci eut un impact favorable effectivement, attention en revanche à ne pas y aller trop fort, auquel cas l’encre deviendrait bien moins fluide et ne s’écoulerait plus à travers la fente de la plume. Pour débuter, j’utilisais du brou de noix. Vous savez, ce liquide marron qu’on utilise pour teinter les meubles. Je l’utilise encore lors des ateliers de calligraphie avec le public. L’avantage : très peu couteux, une bouteille d’un litre en magasin de bricolage dure très très très, très longtemps ! Si vous sentez que la texture est trop fluide, verser une part de brou de noix dans un flacon de type encrier (qui se bouche hermétiquement, cela va sans dire) & ajouter petit à petit de la gomme arabique en utilisant un pinceau et en faisant des essais avec la plume régulièrement.

Apprendre la calligraphie anglaise, quelle encre choisir pour débuter ?
Encre acrylique noire de Liquitex.

Si vous souhaitez travailler en noir, que vous êtes lassé du marron (ce qui arrive lorsque l’on souhaite sortir du brouillon, et créer quelque chose de « propre »), une encre qui me plaît à utiliser au quotidien est celle de liquitex. Le noir est bien opaque, sa fluidité est bien équilibrée. La gamme Winsor & Newton est également sympathique pour avoir des couleurs plus variées.

Pour aller plus loin

Peu à peu, on peut être pris d’envie de réaliser sa propre encre. Différentes recettes existent. L’encre ferro-gallique est la plus célèbre, elle est connue depuis le moyen-âge. Réalisée à partir de noix de galle (ces excroissances dues à des insectes nichant dans les chênes), cette encre a en revanche tendance à oxyder les plumes métalliques. On la réserve donc à des créations finales ou bien à l’usage de pinceau ou de plume d’oie par exemple.

A partir de pigments

On peut aussi créer sa propre encre à partir de pigments, de gomme arabique & d’eau. Il suffit de mettre une portion de pigment dans un mortier, d’ajouter un peu de gommes arabique et d’utiliser un pilon pour bien extraire les pigments & les mêler à la gomme. Au bout de quelques minutes, on peut ajouter de l’eau petit à petit jusqu’à obtenir une encre dont la fluidité nous convienne. Cet exercice est très agréable, on entre dans la couleur, c’est une belle expérience à pratiquer lorsque l’on souhaite aller plus loin dans la calligraphie.

Des supports !

Une fois que l’on est en possession de son porte-plume, de sa plume, et d’encre, il faut bien le dire, il nous manque un matériel essentiel ! Sur quoi écrire lorsque l’on souhaite apprendre la calligraphie anglaise ?

Du papier bien sûr ! Oui, mais lequel ? Pour l’entraînement, un bloc classique A4 ou A3 fait très bien l’affaire. La marque Rhodia a une excellente réputation chez la communauté calligraphique. L’encre ne bave pas, le papier glisse, un régal. Les cahiers d’écoliers sont aussi très bien pour s’entraîner. Les lignes sont nombreuses et offrent des repères tout prêts, ce qui permet de se lancer dans la pratique sans perdre de temps dans le tracé des lignes.

En ce qui concerne les créations finales, j’ai un penchant pour les papiers Arches. Je vous invite à aller jeter un oeil sur leur site qui recense les différents usages conseillés pour chaque gamme de papier. Ceci dit, vous pouvez tout à fait utiliser des papiers de chez Canson ou Clairefontaine, tout dépend de vos envies et besoins.

Quoi qu’il arrive, l’expérimentation est votre meilleur guide !

Et pour l’angle d’écriture ?!

Un dernier outil qui me semble essentiel pour gagner du temps lorsque l’on calligraphie en anglaise est l’équerre à 54°. Pour la fabriquer, c’est très simple !

Apprendre la calligraphie anglaise, quel matériel pour débuter ?
Fabriquer une équerre à 54°.

Un bout de carton dont vous coupez l’un des angles à 54° afin d’avoir un outil simple & efficace pour tracer vos repères sur les lignes de calligraphie. Personnellement, cette petite conception maison m’a changé la vie ! Un gain de temps sur la préparation qui permet de se lancer dans la calligraphie avec joie !

Apprendre la calligraphie anglaise, quel matériel pour débuter ?
Utilisation de l’équerre à 54° pour tracer des repères sur ses lignes de calligraphie anglaise.

Voilà, ce petit tour d’horizon du matériel pour débuter en calligraphie anglaise est terminé. J’espère qu’il vous aura permis de vous y retrouver et vous donnera envie de vous lancer dans cette aventure merveilleuse qu’est l’apprentissage de la calligraphie !

Si l’histoire de la calligraphie anglaise vous intéresse n’hésitez pas à jeter un oeil à cet article !

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